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Orléanais : chiens ou guêpins ?

Blason sculpté, rue Jeanne-d'Arc à Orléans (AMO, cliché C. Duris)

Dans la tradition, les Orléanais sont surnommés « chiens d’Orléans » ou « Guêpins ». Il semble que ces deux surnoms remontent au Moyen-Age et qu’ils aient traversé le temps et les époques donnant lieu à différentes interprétations sur leur origine.

Aucune étude récente n’a été menée pour confronter les raisons liées à ces surnoms et en rechercher les causes. En compulsant rapidement les textes disponibles dans Gallica ou conservés aux Archives d’Orléans, on se rend compte que les termes « Chien d’Orléans » et surtout « Guêpins » ou « Guespins » sont repris par des auteurs renommés, tels qu’Honoré de Balzac ou Jules Michelet, preuve que ces sobriquets dépassent les frontières de l’Orléanais.

L’expression « Chiens d’Orléans » serait née sous la plume de Nicolas Pâris, au 13e siècle. Durant la captivité de Saint Louis, des pastoureaux – paysans qui prétendaient partir en croisade – arrivèrent à Orléans et trouvèrent querelles avec des écoliers de l’Université. Au cours des rixes, des membres de l’école auraient été tués sans que les Orléanais n’interviennent, voire, qu’ils en auraient même tiré une certaine satisfaction. L’auteur indique que c’est pourquoi on leur attribua alors le surnom de « Chiens d’Orléans ».

D’autres auteurs préfèrent évoquer les Guerres de Cent ans et le siège d’Orléans au 15e siècle. Le terme de « chien » se rapportant alors aux canons ou fusils des Orléanais. Les Anglais auraient ainsi parlé des « Chiens d’Orléans » pour qualifier les combattants de la ville. Au fil du temps, certains auraient vu une façon de qualifier la fidélité des Orléanais pour le roi et la religion catholique. D’autres y auraient vu un moyen d’illustrer d’un caractère austère et peu avenant d’une population réputée pour sa froideur.

En 1862, l'érudit orléanais Dupuis écrit que "L'Orléanais aime le devoir et obéit à l'habitude : il se complait dans la règle ; la réflexion et une sorte de défiance le guident dans ses actions. Il est froid, mais plutôt en apparence qu'en réalité ; car au fond, il est affectueux et s'attache volontiers ; mais jusque dans ses attachements il apporte une sorte de lenteur. Il ne se lie pas facilement, reçoit même les avances avec une certaine réserve ; mais quand il se donne, c'est sérieusement et tout entier. Il ne montre peut-être pas une grande bienveillance, mais il est bienfaisant, et cela sans éclat, par nature et par inclination".

Bien que l’origine du mot « Guêpin » soit tout aussi incertaine, il semble qu’il soit plus usité, surtout au 19e siècle et au début du 20e siècle, où il est particulièrement apprécié des chansonniers, notamment satiriques. Le terme « guêpin » donne naissance à une série de termes dérivés. Orléans devient le « pays guêpin » et on parle volontiers de « guêpinade » ou « guespinade » pour décrire une joute ou une attaque verbale lancée par un Orléanais.

Mais qu’est-ce qu’avoir l'esprit guêpin ? L’analogie avec la guêpe est relevée chez tous les auteurs retrouvés. En 1722, Piganiol de la Force indique dans sa Nouvelle Description de la France que les « Orléanois ont de l’esprit, mais ils l’ont tourné en raillerie. Cette raison et leur naturel un peu piquant les a fait surnommer Guêpins et a peut-être donné lieu au proverbe que la Glose d’Orléans est pire que le texte ». L’abbé Desnoyers, en séance de la Société archéologique et historique de l’Orléanais en 1879, parle de la « fine raillerie » et du « piquant » de leurs paroles et du fait que l’Orléanais emprunte le vif aiguillon de la guêpe par une parole pénétrante mais, pour le coup, sans venin, c’est-à-dire sans méchanceté. Le qualificatif « guêpin » servirait à qualifier un certain sens de l’à-propos, une vivacité d’esprit qui peut faire mouche et un tempérament malicieux.

Certains auteurs arrivent d’ailleurs à faire des analogies entre l’épithète « Chien d’Orléans » et « Guêpin ». On lit dans le Bulletin municipal de la ville à l’automne 1977 : « que le caractère guêpin est un composé de bon sens, accompagné de réserve et d’une certaine froideur, d’une franchise un peu raide et d’un esprit railleur et mordant qui lui donne une forme piquante. »

Le symbole de la guêpe est utilisé par certaines associations sportives. Au 19e siècle et 20e siècle, on trouve ainsi les Guêpins de Notre-Dame et la société de gymnastique La Guêpe. Aujourd’hui, le dessin d’une guêpe est repris comme symbole de l’USO Football. Rue Jeanne-d'Arc, un fronton de porte est orné d'une guêpe ou abeille sculptée couronnée de deux têtes de chien, sans qu'on connaisse les raisons réelles de ce choix. 

Chaque Orléanais se reconnaitra ou pas dans le symbole du chien ou de la guêpe. Quoiqu'il en soit, voici une beau sujet d'étude qui serait à mener sur les origines et l'utilisation de ces qualificatifs. 

Chanson satirique "Les Guêpins", 1929 (AMO, C10230)

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