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Histoires d'Orléans

Le Fort des Tourelles

Projet de reconstruction du fort des Tourelles : carte postale [ca.1912-1920]. Cote 2Fi254. Archives municipales d'Orléans.

Dans les années 1910, la ville d’Orléans et le Conseil général du Loiret font le vœu de reconstruire le Fort des Tourelles, emblème de la délivrance de la cité par Jeanne d’Arc en 1429. Le débat entre les partisans et les détracteurs du projet dure une vingtaine d’années, et finalement, la reconstruction n’aura pas lieu.

Des vestiges à l’origine de l’idée

En 1905, lors de la construction d’une ligne de tramway départemental, des fondations du Fort des Tourelles sont mises à jour. Une plaque commémorative est posée face à la rue Croix-de-la-Pucelle. Le quai des Augustins devient le quai du Fort-des-Tourelles. Le directeur de la Compagnie des tramways du Loiret, propose alors à la ville et au département de reconstruire le fort qui symbolise la victoire de Jeanne d’Arc sur les Anglais.

L’enjeu est important puisqu’il s’agit d’ériger un monument national digne de la Pucelle à une époque où le procès en vue de sa canonisation est en cours. En outre, il existe une réelle volonté de concurrencer Rouen qui a reconstruit le donjon où a eu lieu la condamnation de Jeanne. A une époque où le nationalisme s’affirme et où la France reste sur la défaite de 1870, il s’agit d’offrir aux visiteurs le double symbole de « la prise d’assaut par l’armée française » et du « premier recul de l’invasion étrangère ». 

La reconstruction : une hérésie historique et archéologique ?

En 1912, une commission d’élus et de spécialistes en histoire et en archéologie est constituée. Le débat entre les partisans et les détracteurs est intense. Pour les uns, la reconstruction d’un monument disparu est une hérésie archéologique qui ne ferait qu’amoindrir la beauté de la légende. On s’étonne de l’idée de vouloir bâtir des ruines. Pour d’autres, la reconstruction semble possible même s’il n’existe pas de documents permettant de savoir à quoi ressemblait exactement le fort en 1429. Ils affirment ainsi qu’on ne connaît pas les traits de Jeanne d’Arc et qu’on la représente quand même ! Et d’ailleurs, peu importe, on se contentera de faire quelque chose dans le « style de l’époque ». La réalité historique pourrait bien faire l’objet d’une adaptation : le fort serait reconstruit au bout du pont George-V, face à l’avenue Dauphine et non pas en amont comme c’était véritablement le cas.

Une reconstruction commémorative…

En 1913, la reconstitution est décidée, reste à savoir si elle sera totale ou partielle. Très vite, la commission envisage uniquement de recréer, sur l’emplacement d’origine, les deux tours sud et la porte d’entrée. Néanmoins, les fondations doivent être assez solides pour pouvoir accueillir le reste de l’édifice le cas échéant. Des dessins du XVIIe et XVIIIe siècles doivent servir de modèles bien qu’à cette époque le fort ne ressemblait déjà plus à celui de 1429. Une carte postale est ainsi éditée. Elle montre un fort digne d'un parc d'attraction du XXIe siècle plus qu'un fort vraiment médiéval.

Mais, la Première Guerre Mondiale cause le premier report du projet. Dans ce contexte, le directeur de la Compagnie des tramways départementaux Camus propose de modifier les plans afin que le fort devienne un monument national dédié à tous les défenseurs de la patrie. Sur le socle, un arbalétrier de 1429 et un fantassin de 1916 seraient réunis.

… tombée dans l’oubli

Dans les années 1920, une crise financière retarde le projet. En 1932, la Société Archéologique et Historique de l’Orléanais fait le vœu que le fort ne soit pas érigé. Elle insiste sur le fait qu’on ne peut reconstruire un monument disparu et que la ville ferait l’objet de « plaisanteries ». Aujourd’hui, rien ne permet de savoir si cette idée a finalement fait son chemin ou bien si c’est la Seconde Guerre Mondiale et le contexte qui en découla qui firent totalement abandonner le projet.

Sources : Archives municipales. Août 2005.

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