Affichage détaillé (L'EncyclO : lieux & édifices d'Orléans)


Vue de la façade sur cour de l'Hôtel Dupanloup, avant restauration (crédits : Jean Puyo, 2013)Orléans. - L'évêché (AMO, 2Fi1221)Bibliothèque, rue Dupanloup : vue de la salle de lecture de la section études. (cliché du Service Régional de l'Inventaire, AMO, 3Fi1543)

Hôtel Dupanloup

1635-2099

Orléans

Le site de l'Hôtel Dupanloup, abrité derrière ses grilles et son imposant portail d'entrée, possède une très longue histoire, dont les origines remontent au moins à l'Antiquité. Au fil du temps ce lieu a servi, entre autres, d'hôtel particulier, de résidence de l'évêque, et enfin de bibliothèque municipale. Après le transfert de celle-ci dans les années 1990, des travaux, lancés fin 2011, ont donné l’occasion de lancer une campagne de fouilles archéologiques et d’établir un diagnostic sans précédent sur l’édifice.

Christelle Bruant, Archives municipales d'Orléans.
Emilie Roux-Capron, Pôle d'archéologie.

Avant le 17e siècle

Les fouilles archéologiques de 2012 ont permis d'observer les vestiges de l'enceinte urbaine antique d'Orléans, qui a protégé la ville pendant plus d'un millénaire à partir du 4e siècle. La courtine de cette enceinte et une des tours circulaires sont encore conservées dans les sous-sol ou sous les planchers du bâtiment actuel. Cette enceinte a subi au fil des siècles de multiples ajouts, remaniements, reconstructions et réaménagements jusqu’à son abandon définitif suite à l’édification de la nouvelle enceinte du début du 16e siècle (entre 1486 et 1556), à l’emplacement des boulevards actuels.

Sur le site de l’Hôtel Dupanloup, l’ancien système défensif, notamment l’emprise des fossés, laisse alors place, dans la seconde moitié du 16e siècle, au lotissement de demeures et hôtels particuliers. L'un d’entre eux sera intégré au projet d’aménagement de la nouvelle résidence épiscopale, dont la construction s’étalera en plusieurs phases entre 1635 et 1740. De ce bâtiment de la Renaissance, subsiste un plafond peint de la fin du 16e siècle, encore visible aujourd'hui.

Le palais épiscopal

L’évêché médiéval, situé vraisemblablement au chevet de la cathédrale, est détruit lors des Guerres de Religion. Vers 1635, la construction d’un nouveau palais épiscopal est lancée par l’évêque Nicolas de Netz. Situé au nord-est de la cathédrale Sainte-Croix, l’édifice est destiné à abriter les appartements de l’évêque et une petite partie de l’administration religieuse. L’érection sera complétée par différents chantiers d’agrandissement tout au long du 17e siècle. Dans le premier quart du siècle suivant, le petit séminaire, destiné à la formation religieuse des prêtres, sera ajouté sur le côté est.

Dès le 12e siècle, la rue qui longe le bâtiment prend le nom de rue de l’Évêché. En 1899, sur demande du Conseil municipal et par décret présidentiel, cette artère est débaptisée et dénommée rue Dupanloup en l’honneur de Félix Dupanloup, célèbre évêque d’Orléans (1849-1878) qui milita en faveur de la reconnaissance religieuse de Jeanne d’Arc. Plus longue que de nos jours, cette rue part à l’est de la rue du Bourdon-Blanc et aboutit, à l’Ouest, à la place de l’Étape. Le quartier situé autour de la cathédrale fut longtemps marqué par la présence religieuse. Hormis l’évêché et le petit séminaire, on compte le grand séminaire (actuel collège Jeanne-d’Arc) ou encore l’Hôtel-Dieu. De nos jours, c’est finalement le nom de la rue qui sert à dénommer l’ancien évêché sous le vocable d’hôtel Dupanloup.

En 1793, le culte catholique est interdit. L’évêché est saisi et devient un bien national tout d’abord loué à des particuliers. En 1801, année du Concordat, l’évêque et son entourage reviennent en tant que simples occupants du bâtiment qui reste propriété de l’État. Après promulgation de la loi sur la séparation de l’Église et de l’État (1905), et devant une foule importante, l’évêque Stanislas Touchet est obligé de quitter sa résidence en 1906. Les années suivantes, l’État souhaite que l’édifice soit utilisé à des fins de service public. Il incite alors la Ville d’Orléans à formaliser un projet et à acheter l’ancien palais épiscopal.

L'acquisition de l'évêché par la Ville d'Orléans

Dès 1909, la Ville d’Orléans propose d’installer dans l’ancien palais épiscopal la bibliothèque municipale ainsi que le musée d’histoire naturelle, voire celui de peinture. Le premier établissement, situé rue Guillaume-Prousteau, jouxte le Campo Santo. Le second est logé dans l’hôtel des Créneaux, rue Sainte-Catherine. Les deux sont à l’étroit dans leurs murs et l’évêché offre alors des possibilités inespérées.

Rapidement, le projet évolue. Il est question d’installer une école maternelle dans les dépendances. L’idée d’implanter le musée est, quant à elle, abandonnée. Après la déclaration d’utilité publique du 4 août 1910, l’immeuble 1, rue Dupanloup est mis à disposition de la Ville d’Orléans. Dès lors, et sur le papier, plus rien ne s’oppose à la cession de l’immeuble par l’État.

Pourtant, des pourparlers relatifs à la chapelle dite de l’Officialité vont entraîner le report de la vente effective. Vers 1802, cette chapelle avait été mise à disposition du bureau de bienfaisance de la Ville. Une école gratuite pour les filles pauvres de la paroisse Sainte-Croix, dirigée par les Dames de la Charité, y avait été établie. Mais à l’époque de la cession de l’évêché, la chapelle de l’Officialité sert de nouveau à l’exercice du culte. Les messes y sont célébrées chaque dimanche et le catéchisme y est dispensé. Dans un premier temps, et afin de conclure la vente, la Ville accepte que la chapelle continue d’être utilisée pour l’exercice du culte si le prix global est diminué. Ce sera chose faite. Mais finalement, la célébration du culte y est rapidement et à nouveau interdite. La chapelle est destinée à la conservation de livres et surtout des archives de la ville. À partir de la fin des années 1960, une partie de l’ancienne chapelle abritera la synagogue d’Orléans.

Au terme des différentes négociations, la municipalité achète l’ancien palais épiscopal le 30 septembre 1911 pour la somme de 125 000 francs. Le bâtiment principal, ses dépendances, l’ancien petit séminaire, la chapelle de l’Officialité et le jardin représentent une surface totale de 7 897 m2.

L'écrin de la Bibliothèque municipale d'Orléans

Pour plusieurs générations d’Orléanais, l’ancien évêché est avant tout lié à la présence de la bibliothèque municipale qui y demeura 80 ans !

Il semble que la bibliothèque quitte tout ou partie des locaux situés rue Guillaume-Prousteau pour ceux de la rue Dupanloup au début de l’année 1914. Durant la Première Guerre mondiale, elle cède sa place au service sanitaire de santé américain qui y soigne les blessés et mutilés. En 1921, alors que la bibliothèque est réinstallée depuis peu, la municipalité demande le départ des Américains qui occupent encore le jardin. Leurs baraquements, faits de bois, représentent une menace d’incendie pour l’ancien évêché et les ouvrages qu’il accueille.

La Seconde Guerre mondiale n’engendre pas de dégâts importants sur le bâtiment ni sur les collections dont une partie a été évacuée. Cependant, l’activité y est interrompue. Certaines parties de l’édifice servent d’abri pour la défense passive. D’autres accueillent les classes du Lycée de jeunes filles, lui-même transformé en hôpital auxiliaire dirigé par la Croix-Rouge. En 1942,  le bâtiment est d'ailleurs classé au titre des Monuments historiques.

En 1994, la bibliothèque quitte définitivement l’ancien palais épiscopal. Une médiathèque moderne nouvellement construite est inaugurée place Gambetta en juin de la même année.

L'avenir de l'hôtel Dupanloup

Parallèlement au déménagement de la bibliothèque municipale, la question du devenir de l’ancien évêché se pose. Le 17 juin 1996, au rez-de-chaussée, la Ville y inaugure la bibliothèque du quartier Bourgogne. Elle y restera jusqu’en 2010. L’idée d’aménager un musée de l’histoire de la ville dans les locaux laissés vides d’occupation ne sera, quant à elle, pas concrétisée.

Les locaux de l’école maternelle, rue du Bourdon-Blanc sont désaffectés à la fin des années 1980. Ils sont ensuite temporairement utilisés par les services municipaux. Au début des années 2000, la Ville d’Orléans décide de réhabiliter les bâtiments dans le but d’y héberger le Centre d’Études et de Recherches sur les Camps d’internement du Loiret (CERCIL), association créée en 1991 et installée jusqu’alors cloître Saint-Pierre-le-Puellier. Au cœur de 1 000 m2 de locaux, dont près de la moitié destinée à la réception du public, le CERCIL comprend le musée-mémorial des enfants du Vel d’Hiv’, un centre de documentation, un centre d'archives ainsi qu'une salle pédagogique. Un fragment de baraque provenant du camp de Beaune-la-Rolande, classé monument historique, est implanté dans la cour intérieure. Cet équipement est inauguré le 27 janvier 2011 en présence de Jacques Chirac et Simone Veil.

Parallèlement, il est envisagé de réhabiliter le corps principal de l’ancien évêché, resté sans affectation depuis le départ de la bibliothèque municipale au milieu des années 1990. Afin de développer la présence de l’Université en centre-ville, il est décidé d’y installer le Centre international pour la recherche universitaire. Outre des structures pour l’accueil de colloques et des chercheurs, le projet porte sur la création d’une salle de soutenance des thèses. Le Studium – association régionale pour les échanges universitaires internationaux – ainsi qu’une partie des services administratifs de l’Université d’Orléans s’y installent à la fin de l’année 2013.


Pour en savoir plus :

De l'évêché à Dupanloup

Fouilles archéologiques à l'hôtel Dupanloup

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