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Orléans. - La rue Royale. (AMO, 2Fi195)Rue Royale, arrivée sur la place du Martroi (AMO, 3Fi225)[Rue Royale, côté Est après l'ouverture des arcades] (AMO, 3Fi213, cliché André Maire)

Rue Royale

1751-2099

Orléans

C’est au 18e siècle, sous Louis XV, qu’Orléans connaît de grandes transformations urbaines. Un nouvel axe Nord-Sud se dessine à partir de 1751, avec la construction du nouveau pont Royal destiné à remplacer le vieux pont médiéval ruiné par les ans. C’est l’avènement de la rue Royale qui est percée dans le prolongement du nouveau pont jusqu'à la place du Martroi. La nouvelle artère commerciale d'Orléans prospère jusqu’à sa quasi destruction durant la Seconde Guerre mondiale. Rue emblématique du commerce orléanais et théâtre des grands évènements festifs de la ville, la vie de la rue Royale reste intimement liée à l’histoire de la cité.

Sylvie Prabonnaud, Archives municipales et communautaires d'Orlans

Les mutations urbaines du 18e siècle - Un nouvel axe nord-sud avec le percement de la rue Royale

L’architecte et ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussés du Royaume, Jean Hupeau, conçoit pour Orléans un projet de grande ampleur approuvé par Louis XV. A la suite du nouveau pont, l’ouverture d’une voie rectiligne dessine le nouvel axe Nord-Sud de la ville : c’est le percement de la rue Royale qui s’effectue à travers les vieux quartiers pour déboucher place du Martroi. L’élévation du tablier du pont oblige à construire une voûte au-dessus de la rue de la Pierre-Percée pour compenser le dénivelé avec la nouvelle voie. De l’autre côté de la Loire, l’avenue Dauphine est créée sur les remblais, formant ainsi vers le Sud, le prolongement du nouveau franchissement de la Loire.

Les travaux de construction de la rue Royale débutent en 1751. La municipalité d’Orléans conduit et finance les opérations de démolition de 133 maisons et assure le remboursement des occupants. L’élévation des nouvelles façades est également à sa charge et doit se conformer au projet architectural de Jean Hupeau. Au bas de la rue, deux pavillons forment une entrée de ville qui se poursuit au rythme uniforme des façades de style classique en pierre de taille. Des arcades en plein cintre en rez-de-chaussée, sont surmontées de deux étages puis de combles avec couverture en ardoise. 

Les travaux vont s’avérer longs et coûteux pour la municipalité qui souscrit plusieurs emprunts auprès du roi. Elle bénéficie également d’allègement d’impôts avec l’exemption de la retenue sur l’octroi.

L'essor des commerces et des transports

A la Révolution française, les nouveaux projets d’urbanisme sont achevés. La rue Royale débouche sur la place du Martroi, agrandie et embellie par les nouvelles réalisations architecturales. Le duc d’Orléans fait construire la Chancellerie à partir de 1754. Le bâtiment y abrite désormais les archives du duché conservées jusqu’alors au Châtelet. La vieille forteresse médiévale est vendue et démolie progressivement pour céder la place à l’aménagement du quai du Châtelet. Les quais de la rive droite sont ainsi aménagés de part et d’autre de l’entrée de la rue Royale. 

Des symboles de la fin de l’Ancien Régime : la rue Egalité et la démolition du Monument de la Pucelle

Le 28 août 1792, l’an IV de la Liberté et de l’Egalité, la nouvelle assemblée administrative du Département du Loiret invite la municipalité d’Orléans à rebaptiser la rue Royale en rue de l’Egalité. Elle préconise aussi de faire disparaître dans cette rue les figures et inscriptions d’enseignes d’auberges et de boutiques offrant des images et des caractères qui blessent les droits de l’Egalité. 

Le Monument de la Pucelle, érigé à l’angle des rues Royale et de la Vieille-Poterie depuis 1771, n’échappe pas à ces dispositions. L’assemblée administrative approuve la démolition du monument en bronze de Charles VII, pour le convertir en canons afin d’augmenter l’artillerie de la Garde nationale. 

Une rue dédiée au commerce

L’activité commerciale se développe au nouveau carrefour que forment le pont et la rue, ainsi que sur les quais. En 1797, le marché au bois, foins et pailles situé sur la rue Egalité jusqu’au port de Recouvrance, occasionne de graves inconvénients. L’administration municipale est contrainte de réglementer la circulation que la police a du mal à faire exécuter. Le trafic provoque une extrême affluence de voitures et un engorgement continuel. Le stationnement représente un danger pour les passants. Les occupants de la rue Egalité portent plainte contre les voituriers et charretiers qui bloquent le passage et l’accès aux boutiques et aux magasins. 

Avec l’implantation des commerces et l’avènement des transports, la nouvelle artère de la ville prospère tout au long du 19e siècle. L’installation de boutiques de détail marque le point de départ d’une longue tradition de magasins spécialisés qui caractérisent la rue Royale : textiles et lingerie, maroquinerie, parfumerie, papiers peints et tentures, horlogerie, bijouterie, orfèvrerie, papeterie, librairie, plantes, droguerie, café, etc. 

Orléans se dote progressivement d’un réseau de transport en commun. Dans les années 1870, la rue Royale est sur la nouvelle ligne de tramway qui relie les Aydes à Olivet. Cette voie ferrée d’une nouvelle génération, dite « à l’américaine », est à traction de cheval. En 1877, les propriétaires de la rue Royale se plaignent des inconvénients résultant de l’installation, en face de leur immeuble, de la voie d’évitement du tramway orléanais. Le conseil municipal met en demeure la compagnie de transport afin qu’elle déplace la voie sur la pointe nord du pont. Ce n’est que cinquante ans plus tard, en 1930, que les tramways sont remplacés par les autocars. La rue Royale va devoir attendre l’an 2000 pour renouer avec le tramway du 21e siècle. C’est l’avènement de la ligne A, nouvelle liaison Nord-Sud de l’agglomération orléanaise entre Fleury-les-Aubrais et Orléans-la-Source. 

Au trafic des transports en commun s’ajoute progressivement celui des automobiles. Avec la mise en place d’un réseau national routier sous l’Ancien Régime, la rue est située sur le passage de la route Royale Paris-Toulouse dès sa création. Jusqu’au milieu du 20e siècle, la rue Royale est également le passage obligé à tout véhicule qui emprunte le trajet de la route nationale 20, l’héritière de l’ancienne route Royale. C’est pour faire face aux difficultés croissantes que pose la traversée d’Orléans par la Nationale, qu’un nouveau tracé se dessine. La RN 20 emprunte désormais l’avenue de Paris, puis les mails vers le pont Joffre. Par arrêté ministériel du 26 janvier 1970, la rue Royale, comme la rue Bannier, sont reclassées dans la voirie départementale, puis dans la voirie communale en 1989.

D'une rue anéantie à la Reconstruction

Au fil du temps, l’aspect de la rue Royale semble avoir quelque peu perdu de sa belle unité architecturale. En avril 1928, dans un article paru dans le Journal des débats politiques et littéraires, la Société historique et archéologique de l’Orléanais interpelle la Municipalité et s’insurge contre les atteintes à l’ordonnancement des façades. La Société déplore la disparition des arcades derrière les installations des boutiques, la profusion des enseignes, la modification du gabarit des toitures, jusqu’à la complète démolition d’une maison. C’est dans ce contexte que le 12 juillet 1928, l‘ensemble monumental créé sous Louis XV est inscrit à l’inventaire des monuments historiques.

Mais c’est lors de la Seconde Guerre mondiale que la destinée de la rue Royale prend une toute autre tournure. Les bombardements de juin 1940 anéantissent le centre-ville d’Orléans, la partie Nord-Ouest de la rue est presque entièrement détruite, l’autre partie gravement touchée. Les photographies de l’époque montrent l’ampleur de la catastrophe. 

Dès 1941, le projet de reconstruction et d’aménagement d’Orléans est déclaré d’utilité publique. Toutefois, la reconstruction de la rue Royale reste une question délicate. Lors des nombreux débats qui animent le Conseil municipal, tous déplorent la disparition de la belle rue du 18e siècle, cet ensemble architectural incarnant le caractère, la grandeur et l’opulence de la cité. Mais si l’on souhaite respecter l’architecture initiale, le projet doit cependant répondre à de nouveaux enjeux : nécessités de la circulation et de l’urbanisme, mais aussi de l’économie pour permettre aux commerçants de retrouver de bonnes conditions d’activité. 

A la Libération, la question de la reconstruction de la rue Royale est toujours en instance. Le projet, décidé sous le gouvernement de Vichy et approuvé par l’arrêté ministériel du 10 avril 1941, ne fait pas l’unanimité : « La chaussée de la rue Royale sera élargie à 12m sans modification des alignements actuels. Pour la circulation des piétons, des trottoirs de 3m environ de largeur utile abrités sous des arcades, seront aménagés au rez-de-chaussée de tous les immeubles riverains ; les propriétaires intéressés devront consentir, à cet effet, les servitudes qui seront définies par arrêté préfectoral ». Ces dispositions sont longuement débattues en public, divisant la Municipalité, le Comité de défense des intérêts de la rue Royale, les partisans de la reconstruction à l’identique et la population. En 1946, une chanson satirique de l’époque se moque même d’une future rue qui serait recouverte à perte de vue d’une forêt de colonnades.

C’est finalement le projet de création d’un passage public sous arcades au rez-de-chaussée des immeubles qui voit le jour. Les arcades privées avec servitude de passage public, font l’objet de conventions entre la Ville et les propriétaires afin de répartir les frais d’entretien. Compte tenu du rétrécissement des boutiques, des sous-sols éclairés par des pavés de verre sont créés pour servir de réserve. La nouvelle rue Royale est inaugurée le 24 mars 1965, après une vingtaine d’années de travaux.

Fêtes, cortèges et défilés

Dès sa construction au 18e siècle, la rue Royale devient le nouveau théâtre des fêtes et des cérémonies. En 1772, la Municipalité décide de changer le tour de la procession de Jeanne d’Arc. Le Monument de la Pucelle ayant été replacé depuis 1771 à l’angle de la rue Royale et de la Vieille-Poterie, le cortège emprunte désormais ce nouveau circuit. Percée dans la première moitié du 19e siècle, la rue Jeanne-d’Arc, quant à elle, n’existe pas encore. 

« Messieurs les Maire et Echevins ont arrêtés de faire changer le tour de la procession afin qu’elle passa devant le monument, ils ont présentés la requête à monsieur l’Evêque pour avoir son ordonnance et la marche a été réglée de la manière qui suit, savoir la procession sortant par la porte latérale [de la Cathédrale] du côté du midi, passe par la rue de l’Ecrivenerie, la rue de Bourgogne jusqu’au coin de la porte dunoise, ensuite la rue Sainte-Catherine jusqu’à l’ancienne porte qui va aux Augustins, au retour elle monte la rue Royale jusqu’au Martroy, prend la rue des curés, l’Etape, la rue de l’Evêché et rentre par la porte latérale du côté du Nord » (Archives municipales d’Orléans, BB19).

La rue Royale, qui n’a jamais été empruntée par Jeanne d’Arc, s’inscrit désormais dans la tradition. Elle est aujourd’hui le passage obligé du défilé vers l’Avenue Dauphine et Saint-Marceau. Toujours richement pavoisée à l’occasion des fêtes, elle reste emblématique de l’histoire orléanaise et de la vie de la cité.

Emplacement :

Voirie

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