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Histoires d'Orléans

La municipalité Rabier durant la Grande Guerre

Arrivée du 8e chasseur en avril 1914 : Fernand Rabier accueille le colonel Chassot  (coll. privée)

Mai 1912 : élection de la municipalité Rabier

Une élection controversée

Les élections municipales sont prévues les 5 et 12 mai 1912. A l'époque, elles sont organisées par canton. Dans chacun des 4 cantons orléanais, est proposée une liste allant de 4 candidats au Sud à 11 candidats pour le Nord-Ouest. Fernand Rabier, alors vice-président du Conseil général et député afffilié aux radicaux, n'est présent sur aucune liste. A la suite du premier tour, les résultats ne sont pas favorables à son camp. Dans le canton Nord-Ouest, où il reste 7 sièges à pourvoir, la liste de Concentration républicaine décide alors de présenter en tête de liste Fernand Rabier, très populaire dans ce secteur. Le but est de faire basculer l'élection en leur faveur. Ainsi, les 7 candidats de la liste sont élus. 

Au total, la liste de Concentration républicaine obtient 21 sièges contre 15 pour l'Alliance républicaine des Intérêts orléanais, qui dénonce le passage en force des radicaux-socialistes.

Fort de ces 21 sièges, Fernand Rabier est élu maire à 20 voix contre 15 lors de la séance du 19 mai 1912 alors qu'il n'était même pas présent au premier tour des élections. Il n'avait pas de mandat municipal en cours puisqu'il avait démissionné, avec fracas, du conseil en 1887. 

Des projets pour l'avenir d'Orléans et des Orléanais

Dans son discours d'installation, le 19 mai 1912, Fernand Rabier fixe trois priorités pour son mandat. Tout dabord, résoudre les questions d’hygiène et de salubrité publiques. Il veut également prendre "toutes les mesures propres  à accroître l’activité commerciale et industrielle" de la ville. Enfin, il veut assurer des travaux qui permettront de rendre la ville "plus habitable" des Orléanais et "plus recherchée des étrangers". Fernand Rabier veut assurer le renom d'Orléans au niveau national. Il conclut son intervention en indiquant : "Rendre Orléans plus habitable à tous et surtout à ceux qui travaillent, préparer un avenir de large et féconde prospérité, tel doit être le souci constant de ceux à qui les Orléanais ont conféré le grand honneur de les représenter dans cette assemblée". 

La municipalité élue alors est loin d'imaginer la guerre. L'aménagement du quartier de l'Etape, la destruction de la Tour Saint-Paterne ou encore la réorganisation des fêtes de Jeanne d'Arc sont au coeur de débats souvent houleux. La rénovation des écoles est lancée. De nouveaux casernements sont construits dans le nord-ouest de la ville. En avril 1914, c'est en grande pompe que la municipalité accueille le Colonel Adrien Chassot et les troupes du 8e Chasseurs.

Le conseil municipal à l'heure de la mobilisation

Aux pétards du feu d'artifice du 14 juillet 1914 succèdent deux semaines plus tard le son du tocsin et le roulement du tambour. Dès le 31 juillet, la gendarmerie demande à la municipalité de prévenir discrètement les propriétaires d'animaux. Ces derniers doivent les tenir prèts pour réquisition en cas de mobilisation générale. 

Cette dernière est décrétée le 1er août 1914. Le jour même, le conseil municipal est convoqué d'urgence pour le lendemain, dimanche 2 août à 10 heures du matin. L'ordre du jour est le suivant "Examen des mesures à prendre".

La première mesure porte sur le secours aux familles des hommes mobilisés, notamment celles qui se retrouvent sans ressource. Un crédit de 50 000 Francs est voté pour parer aux premiers besoins. Les fourneaux économiques et les cantines scolaires sont ouverts. La seconde mesure incite à maintenir ou faire exécuter des travaux. Le but est de fournir du travail aux ouvriers non mobilisés, éviter une crise du chômage et un effondrement de l'économie. La municipalité s'interroge également sur l'approvisionnement et la spéculation qui peuvent être pratiqués en ville. Elle se charge de réguler la vente et d'encadrer les prix. En comité secret, la municipalité s'inquiète du départ des ouvriers boulangers. Les premières mesures sont envisagées pour le maintien de la production et de la distribution de pain. 

L'objectif de la municipalité est d'éviter les mouvements de paniques et les émeutes. En France, l'état de siège est décrété le 5 août 1914. Symbolisant le plus petit échelon administratif territorial, la municipalité aura alors pour devoir d'organiser, sous l'autorité de l'Armée et de l'Etat, la vie des civils restés à l'arrière.

Huit élus mobilisés, un Mort pour la France

Les élus de la municipalité Rabier ne sont pas tous directement épargnés par l'ordre de mobilisation générale. Des 36 membres, 8 sont mobilisés. 

Pour l'opinion, la guerre sera finie à Noël. Au départ, le fonctionnement des institutions locales en temps de guerre n'est pas prévu. Le 5 juin 1915, l'Etat se résoud à publier une loi régissant l'organisation des conseils municipaux pour "la durée de la guerre". La vie administrative du pays ne doit pas être bloquée et se poursuivre en toute légalité. Les délibérations sont valables uniquement lorsque la majorité des membres non mobilisés assiste à la séance. C'est le cas à Orléans. Si le conseil avait été réduit au tiers de ses membres, les décisions n'auraient été valables que si la Préfecture ne s'y opposait pas dans un délai d'un mois.

 

Nom prénom

 

 

Parcours militaire

pendant la guerre 1914-1918

 

 

Décoration/Citation

CLAPIN Louis Adolphe

Conseiller municipal

37 ans

Mobilisé au 40e régiment d’Infanterie territoriale

Arrivé au Corps le 3 août 1914 et affecté au 5e escadron du train des équipages le 4 août 1914. Affecté au 89e Régiment d’Artillerie Lourde le 21 décembre 1916

Nommé sous-lieutenant le 9 juin 1917, puis lieutenant le 19 mars 1918

Démobilisé le 31 janvier 1919

Campagne contre l’Allemagne du 3 août au 30 janvier 1919

 

Cité le 12 mai 1917 « Officier mécanicien de la plus grande valeur de dévouement et de conscience dans l’accomplissement du devoir se dépensant sans compter jusqu’à l’extrême limite de ses forces passant des nuits entières sur les positions de batterie malgré la violence du bombardement ennemi pour diriger lui-même les mouvements du matériel. S’est signalé à maintes reprises par son calme et son sang-froid sous le feu et en particulier pendant les nuits du 2 au 3 et du 3 au 4 mai 1917 ».

COUHIER Jean

Conseiller municipal

39 ans

Rappelé à l’activité le 2 août 1914, arrivé le dit jour

Démobilisé le 15 janvier 1919

Campagne contre l’Allemagne du 2 août 1914 au 14 janvier 1919

 

DEPALLIER René Charles

Conseiller municipal

43 ans

Réintégré au 40eterritorial d’infanterie service des GVC (Garde des Voies de Communication) de la 8e subdivision comme lieutenant le 12 septembre 1914

Affecté au 33e régiment territorial le 30 mars 1915

Promu Capitaine le 5 janvier 1916

Affecté à la réserve du personnel du Commandant d’Etapes de la VIIIe armée le 4 février 1917

Après dissolution du 4e bataillon en campagne du 33e territorial commissaire adjoint à la gare de Tours

Détaché à la disposition de M. le Ministre de l’Agriculture, le 22 mars 1918

Démobilisé le 24 décembre 1918                            

Campagne contre l’Allemagne du 12 septembre au 24 décembre 1918

Chevalier de la Légion d’Honneur, Palmes académiques

Croix de guerre 7e brigade

Cité à l’ordre de la brigade « au cours d’une période de mauvais temps persistant s’est particulièrement dévoué pour assurer l’assainissement des tranchées et rétablir le ravitaillement compromis des premières lignes. A résolument affronté les dangers d’un travail à découvert et n’a cédé à aucune fatigue donnant ainsi un bel exemple de courage, de bonne camaraderie et d’esprit de devoir »

DONON Denis

Adjoint au maire

35 ans

Rappelé à l’activité par décret présidentiel du 1er août 1914

Obtient un sursis jusqu’au 31 octobre 1914 (Services agricoles)

Affecté à la 5e section de commis  et ouvriers le 12 octobre 1914

Sursis prolongé jusqu’au 15 novembre 1914.

Sursis prolongé jusqu’au 10 décembre 1914.

Rejoint la 5e section de Commis et ouvriers le 10 décembre 1914

Nommé caporal, le 18 octobre1914

Nommé attaché 2e classe de l’Intendance à titre temporaire, le 2 février 1915

Nommé Sergent le 2 février 1915

Sursis renouvelé jusqu’au 30 avril 1915

Démobilisé le 24 octobre 1919

Médaille commémorative française de la Grande guerre (loi du 23 juin 1920)

DUBOIS Maurice Jules Marie Armand

Conseiller municipal

35 ans

 

Rappelé à l’activité et arrivé au 131e Régiment d’infanterie le 2 août 1914

Parti aux armées  (331 RI) le 9 août 1914

Contusionné au Combat de Revermont et évacué sur l’hôpital des armées

Rejoint son corps aux armées le 2 octobre 1914

Promu Capitaine à titre temporaire pour la durée de la guerre le 19 mars 1915 et maintenu à son corps

Promu Capitaine de réserve, 15 avril 1916

Disparu à Courtemont le 15 juillet 1918

Prisonnier à Hochat près Francfort

Rapatrié le 22 novembre 1918

Rentré au dépôt le 3 janvier 1919

Entré à l’hôpital mixte d’Orléans le 3 janvier 1919 (accident section pied gauche)

Décédé le 14 janvier 1919 à l’hôpital mixte d’Orléans

Campagne contre l’Allemagne du 2 août 1914 au 14 janvier 1919 :

Intérieur Camp 1 : 2 août 1914 au 8 août 1914

Aux armées : 9 août 1914 au 14 juillet 1918

En captivité : 15 juillet 1918 au 21 novembre 1918

Intérieur Camp 1 : 22 novembre 1918 au 13 janvier 1919

Croix de guerre, étoile d’argent, étoile de vermeil, 2 palmes

Chevalier de la Légion d’Honneur le 30 avril 1918

Plusieurs citations dont : à l’ordre n° 29 de la 125 D.I. du 14 juillet 1916 « Officier d’un zèle et d’un dévouement exemplaire ayant affirmé dans son commandement de belles qualités d’activité et d’énergie, calme de grand sang-froid, répandant autour de lui la confiance et la bonne humeur. Le 10 mai 1916 lors d’une attaque allemande sur des postes avancés s’est porté aussitôt sur la position malgré un violent bombardement pour diriger la résistance qu’il a mené avec vigueur et décision. Lettre de félicitations du ministre en date du 28 octobre 1908 pour le zèle et le dévouement dont il a fait preuve en contribuant à l’œuvre de préparation militaire »

Mention "Mort pour la France"

 

GODARD Louis Félix Ernest

Conseiller municipal

37 ans

Rappelé à l’activité et arrivé au corps (40e territorial d’infanterie) le 5 août 1914.

Passé au 1er groupe d’aérostation de Saint-Cyr le 8 août 1915

Parti aux armées le 19 août 1915

Démobilisé le 30 janvier 1919

Campagne contre l’Allemagne :

Intérieur camp 1 du 3 août 1914 au 18 août 1915

Aux armées du 19 août 1915 au 29 janvier 1919

 

LEROY Marie Eugène Gaston

Conseiller municipal

34 ans

Arrivé au Corps le 2 août 1914 comme Lieutenant au 131e régiment d’infanterie et parti aux armées le 25 août 1914

Passé au 13e régiment d’artillerie service automobile le 1er juillet 1915, puis au 20e escadron du train le 1er juin 1916

Démobilisé le 20 mars 1919

Campagne contre l’Allemagne du 2 août 1914 au 20 mars 1919

 

VAILLANT Armant Athanase

Conseiller municipal

43 ans

Affecté au GVC (Garde des Voies de Communication) le 1er août 1914

Nommé caporal le 17 août 1917

Rentré au dépôt du 40e Régiment d’infanterie le 19 mai 1915

Passé au 28e régiment d’infanterie le 1er février 1917

Passé à la 10e section d’infirmiers le 12 février 1917

Passé au 5e régiment du génie le 27 mai 1917

Libéré du service militaire le 20 décembre 1918

 

Sur les huit membres du Conseil municipal mobilisés pendant cette guerre, seuls sept sont de retour.

Pendant sa mobilisation, Denis Donon, 3e adjoint au maire, assiste ponctuellement à quelques séances du Conseil municipal. Il est rejoint par Denis Depaillier dès le 19 janvier 1919. Jean Couhier, Louis Clapin, Louis Godard, Marie Eugène Gaston Leroy et Armant Vaillant sont mentionnés absents, excusés ou mobilisés jusqu’aux nouvelles élections municipales du 19 décembre 1919.

En hommage à Maurice Dubois, décédé suite à un accident à Orléans le 14 janvier 1919, le Conseil municipal, dans sa séance du 6 octobre 1919, décide à l’unanimité de dénommer une rue à son nom.

Décembre 1919 : renouvellement du Conseil municipal

Les municipalités élues en mai 1912 ont la particularité d’avoir duré 7 ans. En effet, la loi du 15 avril 1916 proroge les pouvoirs des conseillers municipaux et ajourne à une date "ultérieure" les élections législatives, départementales, communales et consulaires.

Les élections législatives, organisées le 16 novembre 1919, constituent une lourde défaite pour Fernand Rabier et les radicaux-socialistes. Fernand Rabier abandonne alors son siège de maire avant la fin de son mandat et, par là-même, décide de ne pas en briguer un second.

Les élections municipales sont organisées les 30 novembre et 7 décembre 1919, soit quelques jours après la démission de Fernand Rabier. Lors de la séance du conseil municipal du 10 décembre suivant, Paul-Emile Gitton est élu maire. Engagé dans la course sénatoriale, il refuse la fonction estimant qu’il ne pourra s’investir pleinement pour la ville.

Un second scrutin est organisé le jour même. Charles Albert Laville devient maire à la majorité des suffrages exprimés. Chargé de gérer la ville d’après-guerre, il indique dans son discours d’installation : "ma fierté fait place aux frissons de la peur, car nous allons avoir des problèmes angoissants à résoudre". Il rend hommage à la municipalité sortante, et notamment au premier maire-adjoint, Alexandre Avisse, qui "pendant 5 ans, a rempli des fonctions extrêmement délicates, difficiles, souvent pénibles, avec un zèle et un dévouement inlassables". Pour finir, il indique qu’après avoir hésité à accepter la fonction de maire face à "la lourde tâche qui va peser sur [ses] épaules", il a pensé qu’il "fallait se jeter dans la mêlée, comme s’y sont jetés, sans savoir s’ils réussiraient, nos héroïques poilus".

Lire les conseils municipaux de la période 1914-1919

Fernand Rabier (AMO, 3Fi2461)

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Conseil municipal

Résultats au 12 mai 1912*

  • Gitton (Paul Emile Martin)
  • Rabourdin (Pierre Alfred)
  • Leroy (Marie Eugène Gaston)**
  • Perdereau (Maurice Charles)
  • Leuret (Eugène Victor)
  • Delahais (Marie Louis Marcel Hermann)
  • Bracquemont (Alphonse Alexis)
  • Morienne (Jules Adrien Cléophas)
  • Nougaret (Iréné Lucien François)
  • Thauvin (Léon)
  • Ustin (Maurice Gaston Frédéric Eugène)
  • Naudin (Auguste)
  • Bigotteau (Ludovic)
  • Maingourd (Louis René)
  • Dufour (Octave Auguste)
  • Avisse (Alexandre Edouard)
  • Bedel (Eugène Charles Joseph)
  • Faugouin (Eugène Constant)
  • Clapin (Louis Adolphe)
  • Laville (Charles Albert)
  • Donon (Denis Marcel)
  • Hyvernaud (Louis Charles Joseph Maurice)
  • Gouchault (Jules Joseph)
  • Beaugendre (Anatole Athanase Augustin)
  • Rabier (Fernand Athos), maire
  • Godard (Louis Félix Ernest)
  • Depallier (René Charles)
  • Dubois (Maurice Jules Marie Armand)
  • Gaultier (Emile Arthur Benoni)
  • Couhier (Jean)
  • Vaillant (Armand Athanase)
  • Piprot-Aubert (Auguste Alfred)
  • Taillot (Arthur)
  • Vivet (Léon François)
  • Lemesle (Paul Jules Constant)
  • Muzet (Emile)

* Les élus sont listés dans l'ordre croissant des voix exprimées.

** Les élus mobilisés sont en gras.


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