Un carnet pour le bal de l'hôtel de ville

Les fonds d'origine privée, et plus particulièrement notre collection de pièces isolées, réservent souvent de jolies surprises pour celui qui aura à coeur de les explorer. C'est le cas, par exemple, d'un petit carnet de bal daté de 1936 donné il y a quelques années par une famille d'origine orléanaise. Ouvert, il mesure 16 centimètres par 16 centimètres de côté. Fermé, ses dimensions sont de 8 centimètres de large pour une hauteur de 16 centimètres. De conception assez simple, il est constitué de deux feuillets repliés sur eux-mêmes. L'un fait office de couverture. L'autre liste les danses proposées le soir du bal et donne le nom des orchestres. Un fin lien de coton bleu, noué et auquel est accroché un petit crayon de papier, fait office de reliure pour tenir le tout.

Mais à quoi servait un carnet de bal ? Tout simplement, il permettait aux femmes d'inscrire le nom des hommes qui souhaitaient réserver une ou plusieurs danses avec elles. Sa petite dimension et le crayon attaché sont ainsi étudiés pour qu'il soit emporté sans encombrer la danseuse. On peut aussi imaginer que pour les parents voire pour le mari ou le fiancé, le carnet pouvait aussi facilement devenir un outil de surveillance des fréquentations !

Certains font remonter l'origine du carnet de bal au début du 19e siècle. Mais, les Archives d'Orléans ne conservent pas de carnet de bal aussi ancien pour le moment. Le document présenté ici montre toutefois que sa production a perduré sur le territoire orléanais au moins jusqu'à la fin des années 1930. 

Au-delà de l'aspect sociologique, l'étude des carnets de bal est aussi très intéressante sur le plan de l'histoire de la danse. En effet, comme dans notre exemple, le carnet de bal permet de connaître le type de danse proposé à une date donnée. Ici, les danses inscrites sont surtout des danses à la mode dans les années 1920-1930 comme le fox-trot, le one-step et la biguine. Pour celui qui connaît les pas, cela sera éventuellement l'occasion d'en déduire, ou du moins d'imaginer, à quelle tranche d'âge étaient destinées les festivités.

Du bal en lui-même, on ne sait finalement pas grand-chose sauf qu'il a lieu le 14 mars 1936 de 22h à 6 heures du matin, à l'Hôtel Groslot, qui faisait alors office d'hôtel de ville. La propriétaire du carnet a ajouté à la main qu'il est prolongé jusqu'à 7 heures. Aucune autre source ne permet pour le moment d'en savoir plus. On remarquera aussi que le carnet n'est pas complété hormis, en face d'une biguine, par une croix discrète dont on ne sait pas si elle date de l'époque ou a été ajoutée ultérieurement. Il serait dès lors sans doute facile de conclure que notre cavalière n'a pas trouvé cavalier ! Peut-être faut-il juste se dire que l'utilisation du carnet de bal n'était déjà plus très suivie, voire un peu désuette en 1936. L'intérêt de cet objet était peut-être avant surtout de publier un programme de la soirée et de connaître au préalable le type et l'enchaînement des danses.

Pour finir, au-delà de l'usage qu'on pouvait faire du carnet de bal, on notera au passage l'illustration de la couverture oeuvre de l'artiste Roger Pierre (1904-1960), professeur de l'Ecole des Beaux-Arts d'Orléans, qui compta parmi ses élèves Roger Toulouse. Le recto comporte une représentation stylisée de l'Hôtel Groslot où a lieu le bal. Les contours reprennent la devise du blason de la ville d'Orléans "De gueules, à trois cailleux de fleurs de lys en argent, au chef d'azur chargées de trois fleurs de lys d'or". L'auteur a d'ailleurs pris soin d'écrire la devise en utilisant les couleurs qu'elle évoque.

Le verso représente, quant à lui, les silhouettes stylisées de couples de danseurs enlacés. Ces silhouettes reprennent aussi les couleurs évoquées dans la devise accompagnant le blason de la ville.

Ce document-objet a été produit chez l'imprimeur orléanais L. Desjardin.

 

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