Une école municipale de dessin et "autres arts en dépendans"

Une école municipale de dessin et "autres arts en dépendans"

A la fin de l’Ancien Régime, l’école orléanaise, tout comme les écoles d’art en France et l’ensemble des établissements d’enseignement, subissent des modifications marquées par les profondes mutations des institutions françaises. La Révolution marque la fin des sociétés savantes et des académies. L’Académie royale de peinture et de sculpture de Paris est dissoute le 8 août 1793 par décret de la Convention nationale.

Dans la mouvance révolutionnaire, le directeur de l’Ecole de dessin, Jean Bardin, est sollicité au cours de l’année 1793 par le comité de surveillance. Ces comités sont chargés d'établir la liste des étrangers et des suspects présents sur le territoire. Dans une réponse au président du Comité des Pîques, Jean Bardin décline cette proposition et invoque une charge de travail trop importante à l’Ecole de dessin qui est alors composée de 70 jeunes gens.

Lettre de Jean Bardin, directeur-professeur de l’Ecole de dessin, par laquelle il refuse la fonction de membre du comité de surveillance. 31 mars l’an 2 (1793). Archives municipales d’Orléans, 2J7
Lettre de Jean Bardin, directeur-professeur de l’Ecole de dessin, par laquelle il refuse la fonction de membre du comité de surveillance. 31 mars l’an 2 (1793). Archives municipales d’Orléans, 2J7

En 1793, l’école change de nom et 83 nouveaux sociétaires sont désignés. Thomas-Aignan Desfriches est maintenu dans ses fonctions de directeur perpétuel. Les professeurs deviennent des instituteurs, comme Jean Bardin, instituteur-directeur de la nouvelle Ecole gratuite de peinture, sculpture, architecture et autres arts dependans du dessin, établie sous les auspices des autorités constituées dans la commune d’Orléans.

L’Ecole de dessin est relocalisée dans l’ancien collège d’Orléans, son entrée se situe rue Saint-Pierre-du-Martroi. Elle est ensuite intégrée à la nouvelle Ecole centrale (ouverte officiellement rue Jeanne d’Arc le 11 novembre 1797), mais son activité est réduite à de simples cours : le professeur de dessin donnera 6 leçons par décades, de 2 heures chaque, depuis 2 heures jusqu’à 4 heures en hiver, et depuis 3 jusqu’à 5 en été : il vaquera les duodi, quintidi, sextidi et decadi (D’après D. Lottin, Recherches historiques sur Orléans. Partie 2, tome 4).

En 1803, suite à la nouvelle réforme de l’enseignement, l’Ecole centrale devient le Lycée Pothier. L'établissement reste situé rue Jeanne d'Arc. Au cours de cette même année, le maire, Antoine Crignon-Désormeaux, fait adopter de nouvelles dispositions pour que l’Ecole de dessin revienne à la Ville comme institution, sous son inspection directe. Une subvention est accordée à Jean Bardin, à charge pour lui de trouver un nouveau local.

Un nouveau règlement

Le règlement de la nouvelle Ecole municipale de dessin et autres arts en dépendans est approuvé par le conseil général de la Ville lors de sa session du 20 pluviose an douze (10 février 1804).

L’administration de l’école est désormais placée sous l’entière responsabilité de la municipalité. Le maire nomme et révoque le directeur-professeur, le concierge chargé de l’ensemble du mobilier, ustensiles et modèles appartenant à l’école, ainsi que les élèves admis à partir de l’âge de 10 ans révolus, à titre gratuit ou payant. Le maire nomme également les membres du jury aux concours pour les prix.

Règlement pour l'administration et la police de l'école. 20 pluviose an 12 (18 octobre 1804). Archives municipales d'Orléans, 1R2040
Règlement pour l'administration et la police de l'école. 20 pluviose an 12 (18 octobre 1804). Archives municipales d'Orléans, 1R2040

Une Bibliothèque publique et une Ecole de dessin

La Ville souhaite aussi créer une nouvelle bibliothèque publique en aménageant les locaux pour y accueillir l’Ecole de dessin. Leur installation est envisagée dans l’église du Bon-Pasteur située rue Pavée et attenante au Campo Santo.

Plan du quartier de l'Etape. 4 Thermidor an XIII (23 juillet 1805). Archives du Loiret, 1Fi968
Plan du quartier de l'Etape. 4 Thermidor an XIII (23 juillet 1805). Archives du Loiret, 1Fi968
Archives du Loiret, 1Fi968 (détail)
Archives du Loiret, 1Fi968 (détail)

L'architecte François-Narcisse Pagot

D’importants travaux d’aménagement et d’agrandissement sont confiés à l’architecte François-Narcisse Pagot.

Après avoir été lui-même élève à l’Ecole de dessin d’Orléans, il entre aux Beaux-Arts de Paris et obtient le premier grand prix d’architecture en 1803.

Pour la façade de la bibliothèque, il opte pour une architecture de style néo-classique qui utilise les éléments gréco-romains, tout comme pour d’autres édifices publics orléanais dont il dessine et réalise par la suite les projets : le Palais de justice et le Temple protestant notamment.

La Bibliothèque. [Rue Guillaume Prousteau]. Avant 1904. Carte postale. Archives municipales d'Orléans, 2Fi111
La Bibliothèque. [Rue Guillaume Prousteau]. Avant 1904. Carte postale. Archives municipales d'Orléans, 2Fi111

Anciennement rue Pavée, la rue Guillaume Prousteau est démolie en 1980 lors de la construction du nouveau Centre municipal.

Orléans. Bibliothèque. [Rue Guillaume Prousteau]. Vers 1904. Carte postale. Archives municipales d'Orléans, 2Fi1675
Orléans. Bibliothèque. [Rue Guillaume Prousteau]. Vers 1904. Carte postale. Archives municipales d'Orléans, 2Fi1675

Selon le devis descriptif des travaux à faire pour l’établissement de la Bibliothèque publique et de l’Ecole gratuite de dessin de la ville d’Orléans, le projet se présente ainsi :

L’école de dessin aura son entrée à gauche de l’église, elle sera précédée d’une petite cour dans laquelle on construira un perron pour remonter au niveau de la rue ; près de l’entrée, à droite et à gauche, seront placés deux petits bâtiments destinés à recevoir les latrines pour les élèves de l’école.

La salle de dessin de figure placée au-dessus de la salle de lecture de la Bibliothèque sera précédée d’un vestibule suivi d’une seconde salle destinée à l’étude de l’architecture, ces deux salles seront accompagnées d’un cabinet destiné à renfermer des modèles. Au-dessus de la salle d’architecture sera établi le logement du professeur composé ainsi qu’il suit ; d’une antichambre à coucher, d’un cabinet de travail et petit cabinet d’aisance au-dessus d’un grenier, le bâtiment qui renferme les pièces ci-dessus désignées est placé entre cour et jardin.

L’Ecole de dessin entre en fonctionnement à la fin de l’année 1805 et la Bibliothèque est inaugurée quelques mois plus tard le 20 août 1807.

A la mort de Jean Bardin en 1809, François-Narcisse Pagot est nommé professeur à la tête de l’Ecole de dessin. Jacques-Pierre-François Salmon reprend le poste de professeur-adjoint et maître de dessin, il est remplacé 5 ans plus tard par le peintre Gabriel-Jean-Louis Rabigot.

Plan pittoresque de la ville d'Orléans en 1836, par Charles Pensée (détail). Publié à Orléans par Alphonse Gatineau, imprimeur-libraire. Médiathèque d'Orléans, Rés. ZH32
Plan pittoresque de la ville d'Orléans en 1836, par Charles Pensée (détail). Publié à Orléans par Alphonse Gatineau, imprimeur-libraire. Médiathèque d'Orléans, Rés. ZH32

Intérieur de l’Ecole de dessin. Gabriel Rabigot. Première moitié du 19e siècle. Huile sur toile. © Studio Sebert pour Artcurial
Intérieur de l’Ecole de dessin. Gabriel Rabigot. Première moitié du 19e siècle. Huile sur toile. © Studio Sebert pour Artcurial