Une école dans la guerre

Une école dans la guerre

Louis-Joseph Soulas, premier directeur de l’école nommé à plein temps

Louis-Joseph Soulas, artiste peintre-graveur, est né à Orléans le 1er septembre 1905, il meurt à Paris le 26 mars 1954.

C’est en 1937 qu’il devient membre de la commission administrative et de surveillance de l’Ecole régionale des beaux-arts. En 1938, le conseil municipal décide de doter l’école d’un directeur qui lui est propre et qui y consacre tout son temps. Sur la proposition du maire au préfet, Louis-Joseph Soulas est alors nommé à la tête de l’établissement par Jean Zay, ministre de l’Education nationale, à compter du 1er janvier 1939.

Le directeur créé et anime un cours de gravure sur bois et sur cuivre et enseigne le dessin au sein de l’école. Dès ses débuts, il rencontre un vif succès, comme le souligne le conseil d’administration en 1939 : son cours de gravure ouvert en mars et prévu pour 10 élèves en compte déjà 22. En quelques mois d’enseignement, plusieurs élèves ont révélé des dons remarquables. Il y a donc là un cours qu’il faut aider, encourager, développer et qui peut apporter à la Ville un lustre appréciable. Il serait possible d’instaurer sous la forme de gravure moderne l’antique gloire de l’imagerie orléanaise en poussant un effort parallèle en faveur de l’enseignement de la typographie et de l’imprimerie d’art.

Louis-Joseph Soulas. Sans date. Croquis de Robert Sire. Archives municipales d’Orléans, Fonds Sire
Louis-Joseph Soulas. Sans date. Croquis de Robert Sire. Archives municipales d’Orléans, Fonds Sire

Mais Louis-Joseph Soulas, mobilisé au début de la guerre, est fait prisonnier en 1940. La municipalité applique alors une procédure officielle pour demander le retour du directeur. L’école fonctionne sous l’intérim de l’adjoint aux Beaux-Arts, Monsieur Peigné, à partir du 15 septembre 1939, puis sous la direction de Monsieur Octobre, professeur de fresque, à partir de 1941. Ce dernier entend bien maintenir le cours de gravure et sollicite la municipalité afin d’obtenir des crédits supplémentaires pour l’achat de matériel et le paiement d’une indemnité à l’élève-professeur bénévole Jean-Louis Schneider.

Le noyau reconstitué autour de Schneider et l’effort fourni par les élèves permettent à l’école d’Orléans d’être représentée au Salon de l’imagerie de Paris où elle obtient deux prix. Initié en 1940 par l’Etat français, ce nouveau salon annuel perdure pendant toute l’Occupation. Les deux premiers se tiennent au Musée Galliera, puis dans l’enceinte du Musée des Arts décoratifs. On sensibilise alors les écoles des beaux-arts de province pour qu’elles participent à un art de propagande qui passe notamment par l’imagerie.

Louis-Joseph Soulas est libéré et rapatrié à Orléans en octobre 1941. Il reprend son poste à la direction de l’école, alors que son domicile et son atelier situés rue Bannier ont disparus dans les bombardements de la ville en juin 1940.

Après le décès brutal de Louis-Joseph Soulas en 1954, et après une période d’intérim de Charles Million, c’est Marguerite Soulas qui succède à son mari. Elle est devenue elle-même artiste après avoir suivi un cursus aux Arts décoratifs, puis aux Beaux-Arts de Paris. Elle est nommée directrice de l’Ecole régionale des beaux-arts d’Orléans le 6 décembre 1954.

A lire aussi : Robert Sire. Louis-Joseph Soulas : sa vie et son temps. AGMT éditions, Coinces (Loiret). 2020. Un ouvrage consultable en salle de lecture des Archives, AMO, C5630

3e salon de l'imagerie. 1942. Affiche. Collection particulière
3e salon de l'imagerie. 1942. Affiche. Collection particulière

Une école touchée par les bombardements

Les premiers bombardements d’Orléans survenus le 6 juin 1940 provoquent la suspension de l’enseignement au sein de l’école dès le 12 juin suivant. On espère la reprise des cours à la prochaine rentrée de septembre.

Le 23 mai 1944, les seconds bombardements causent des dégâts importants dans le quartier de l’Etape et les locaux de la rue Dupanloup sont touchés. Malgré l’appui du maire pour obtenir l’aide des services de la Ville, les travaux de réparation de l’école ne sont pas prioritaires dans la ville sinistrée.

Le compte rendu de la commission administrative du 12 janvier 1945 décrit l’état critique de l’établissement : la rentrée s’est effectuée dans des locaux à moitié sinistrés, plafonds crevés, fenêtres arrachées et sans vitre, humidité provenant des toitures disjointes et provoquant de fréquents court-circuits.

Le bureau du directeur, lieu de réunion de la commission, est quasiment détruit par les explosions, l’humidité mettant en péril les livres de la bibliothèque de l’école. Malgré le maintien des cours depuis le début de la guerre, les salles en ruines n’invitent ni les élèves, ni les professeurs à l’étude artistique. Le manque de chauffage reste une question cruciale car l’école ne reçoit pas de charbon comme les autres écoles municipales. Le peu de bois de démolition qui lui est accordé couvre à peine les besoins d’une semaine de chauffe. Ainsi, le cours de modelage, dans des locaux particulièrement froids, est suspendu.

Tours de la cathédrale, vues du clocher après les bombardements de 1944. Photographie.  Archives municipales d’Orléans, 3Fi93
Tours de la cathédrale, vues du clocher après les bombardements de 1944. Photographie. Archives municipales d’Orléans, 3Fi93
Ville d'Orléans. Ecole des beaux-arts. Reconstruction de la partie sinistrée. 27 mai 1946. Archives municipales d'Orléans, 11M2021
Ville d'Orléans. Ecole des beaux-arts. Reconstruction de la partie sinistrée. 27 mai 1946. Archives municipales d'Orléans, 11M2021
Commissariat à la Reconstruction. Demande d'agrément des travaux de reconstruction de l'Ecole des beaux-arts. 1946. Archives municipales d'Orléans, 11M2021
Commissariat à la Reconstruction. Demande d'agrément des travaux de reconstruction de l'Ecole des beaux-arts. 1946. Archives municipales d'Orléans, 11M2021

Les pénuries entraînent la rupture d’approvisionnement en fournitures. Il devient impossible de trouver des toiles, des couleurs, de l’huile et de l’essence pour le cours de peinture, très peu de bois pour le cours de gravure, ou à un prix très onéreux. Les élèves sont dans l’impossibilité de pouvoir payer ces achats. Seule la fréquentation des cours de dessin arrive à peu près à se maintenir.

Pour toutes ces raisons, mais également compte tenu des circonstances politiques, l’école assiste à la désaffection progressive de ses effectifs, élèves tout comme professeurs : déportation, recrutement, engagement, etc. Les femmes professeurs se tournent vers des emplois plus rémunérateurs dans les services administratifs et sociaux ou les emplois militaires.

La commission s’étonne du peu d’empressement des jeunes gens à s’orienter vers le cours d’architecture. Dans le contexte, les carrières du bâtiment doivent en effet pouvoir donner des situations d’avenir. La circonscription régionale de l’Ordre des architectes envisage d’ailleurs de développer la formation des futurs commis d’architectes : susceptibles de seconder efficacement les patrons dans la grande œuvre de reconstruction du pays.

Dans cette perspective, le projet pour l’Ecole des beaux-arts d’Orléans pourrait être de compléter et d’intensifier l’enseignement théorique et technique par la création de nouveaux cours rendus obligatoires, tels des cours de métré et de pratique des travaux, des cours de mathématiques.

Un concours d’enseignes pour les élèves des Beaux-Arts et des cours professionnels

En 1941, les commerçants sinistrés de la rue Bannier occupent des stands provisoires sur le mail. Ils envisagent de faire mettre une pancarte à l’ancien emplacement qu’ils occupaient, portant la mention de leur nom, de leur spécialité et de leur nouvelle adresse. Par l’intermédiaire du Comité Bannier, un concours d’enseigne est organisé à destination des élèves des Beaux-Arts, des cours professionnels municipaux, ainsi qu’aux amateurs isolés de la ville.

Le règlement du concours stipule que les candidats doivent concevoir un modèle type et proposer à chaque commerçant intéressé une figuration décorative symbolique de leur spécialité. Un prix de 250 francs est attribué à l’auteur du projet retenu pour la conception de pancartes en bois reproductibles en série. D’autres prix du même montant sont remis aux concurrents les plus méritants.

Le projet est suivi d’une vente-exposition de maquettes de figuration décorative, que chaque commerçant intéressé peut acquérir pour la somme de 100 francs. Ce concours de création de panneaux réclame est qualifié d’original et intéressant et s’étend même à d’autres comités des secteurs détruits de la ville : rue Royale, rue du Tabour (Hallebarde et Carmes), le Mail. Des subventions sont allouées par le conseil municipal, par la Chambre de commerce d’Orléans et du Loiret, la Chambre des métiers du Loiret, ainsi que le Secours national.

Rue Bannier après les bombardements de 1940. Archives Archives municipales d'Orléans, 3Fi2230
Rue Bannier après les bombardements de 1940. Archives Archives municipales d'Orléans, 3Fi2230
Abords de la place du Martroi après juin 1940. Archives municipales d'Orléans, 3Fi141. Cliché : Gilbert Senné
Abords de la place du Martroi après juin 1940. Archives municipales d'Orléans, 3Fi141. Cliché : Gilbert Senné

Au milieu des ruines, un panneau provisoire indique la nouvelle adresse d'un cabinet dentaire.

Concours d'enseignes. Règlement. 1941. Archives municipales d'Orléans, Archives du Comité Bannier
Concours d'enseignes. Règlement. 1941. Archives municipales d'Orléans, Archives du Comité Bannier

Une annonce est publiée dans Le Républicain Orléanais pour toucher les élèves dispersés en raison de la situation. 25 candidats répondent à l’appel avec une centaine de projets qui sont exposés au public en janvier 1942, dans le pavillon de l’Artisanat situé boulevard de Verdun. D’après le journal, la manifestation au caractère symbolique revêt une certaine importance, c’est la première de ce genre dans la région. Pour les commerçants orléanais, c’est une façon de : témoigner leur foi dans l’avenir et leur confiance dans la résurrection de la cité.

Par le caractère esthétique et la vocation artistique du projet, il s’agit aussi de placer des marqueurs forts dans une ville sinistrée dont les ruines sont en cours de déblayement. L’exposition est inaugurée par le préfet de région, Jacques Morane, en présence du maire, Louis Hippolyte Simonin et de nombreuses personnalités orléanaises. Le jury présidé par Louis-Joseph Soulas, directeur de l’Ecole des beaux-arts, décerne alors 17 prix d’enseignes publicitaires, dont le premier est attribué à Simone Roche pour un montant de 1 000 francs.

Liste des professions des commerçants participants au concours d'enseignes. 1941. Archives municipales d'Orléans, Archives du Comité Bannier
Liste des professions des commerçants participants au concours d'enseignes. 1941. Archives municipales d'Orléans, Archives du Comité Bannier
Liste des lauréats du concours d'enseignes. 1941. Archives municipales d'Orléans, Archives du Comité Bannier
Liste des lauréats du concours d'enseignes. 1941. Archives municipales d'Orléans, Archives du Comité Bannier